Crimes sexuels, saccages des enfances Du monstrueux à tous les étages

Crimes sexuels, saccages des enfances
Du monstrueux à tous les étages

Ma mémoire traumatique est sans cesse ravivée par les révélations – désormais en chaîne – autour
des violences sexuelles faites aux enfants. Violences sexuelles qui sont des crimes.
Sous nos yeux effarés et brutalement dessillés, apparaît la réalité d’un monde patriarcal et adultiste
des plus inquiétants, puisqu’il tolère en silence depuis des lustres ces abus destructeurs, si bien
intégrés qu’ils sont devenus un continuum de violences systémiques, au bonheur des ogres* ! Voilà
que ce monde tente désormais de purger son corps social bien malade, par l’exclusion des abuseurs
criminels érigés en monstres ; des monstres si ordinaires… et si nombreux. Beaucoup trop
nombreux.
Le monstrueux n’est pourtant pas à leur seul endroit. Et il va bien falloir affronter cela dans sa
réalité la plus crue : nous en portons collectivement une part.
Les violences sexuelles faites aux enfants sont en effet notre adversité commune. Cela nous renvoie
à la figure de l’adversaire qui n’est pas non plus ce qu’on croit, uniquement extérieur. L’adversaire,
c’est celui ou celle qui se tient tourné vers ou contre… mais pas uniquement l’autre. Car c’est aussi
l’autre versant de la réalité que nous refusons de voir, l’autre versant de nous-même, notre part
d’ombre qui nous fait fermer les yeux depuis si longtemps sur les rapports de domination masculine
qui gangrènent nos relations humaines (et inter-espèces), qui nous fait être dans le déni en acceptant
l’inacceptable.
L’inceste – car il s’agit bien de ma blessure originelle – avec ensuite quelques sales piqûres de
rappel VSS tout au long de mon parcours de vie – laissera à jamais, je le sais, des traces dans ma
psyché et dans mon corps, même si au fil des décennies, la réactivation de cette mémoire
traumatique est devenue plus supportable. Et si je rends grâce aujourd’hui à cette psyché et à ce
corps qui auraient pu rester à l’état de ruines après un tel saccage de l’enfance, c’est parce que, dans
ce long cheminement passé par tant d’étapes éprouvantes, un exercice spirituel guérisseur de
recouvrement d’âme, emprunté au chamanisme, a été décisif dans la réparation et l’acceptation de
vivre avec ça, de manière apaisée. Et aussi parce que de nombreuses lectures nourrissent la
compréhension de ce fléau pour mieux l’affronter, sur le terrain des dominations qui n’ont vraiment
plus lieu d’être, si nous croyons un tant soit peu encore en l’avenir.
Il nous faut un courage monstre, tant individuel que collectif, pour entrer pleinement dans cette
adversité-là – comme dans d’autres menaçant d’effondrement notre espèce – et enfin nettoyer les
écuries d’Augias… avec un aboutissement politique fort et irréversible qui érigera la protection des
enfants en valeur absolue.

* Titre d’un roman de Daniel Pennac, paru en 1985, où il est question de pédocriminalité.

 

L.A.M.

28 juin 2026

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