La coupable innocentée

Je ne suis pas innocente ou plutôt je me crois coupable !

Et pourtant je sais que les coupables sont ceux-là qui persécutent, qui détruisent, qui ne respectent rien, ni personne.

Et à force de s’entendre dire qu’ils sont coupables, les plus innocents se demandent au fond d’eux-mêmes, s’ils n’ont pas quand même commis une faute. Mais quelle faute ?

Les mots ne sont plus là pour le dire, et ils ne sont plus là non plus pour témoigner d’une infâme calomnie, celle-là même qui pèse si lourd dans la vie de ceux qui ne l’ont pas dénoncée, rejetée à temps !

Et cette souffrance naît chez cet être innocent, puis se passe silencieusement de parents à enfants, ou parfois de grands-parents à enfants, et chaque fois elle s’installe et sacrifie une vie.

Une victime est cet enfant innocent qui si fidèle et si reconnaissant envers ceux qui lui ont transmis la vie, se charge d’une mission bien trop lourde pour lui, et dont il ne peut en comprendre les terribles conséquences. Et l’enfant, si innocent et si fragile, décide vaillamment de soulager ceux qu’il aime, ceux à qui il pense devoir tant.

Mais il paye de sa personne le prix de cette noble mission. Il se reconnaît alors coupable lui-même, d’une faute terrible dont il ne sait même pas parler. Et la culpabilité l’empoisonne, et il en oublie le poison.

Et parce qu’il se croit coupable, il s’excuse d’être là… Il parcourt sa vie sur la pointe des pieds, veille à ne pas déranger, persuadé que sa place est ailleurs, en enfer probablement, comme si l’enfer de sa vie n’était pas suffisant.

Lorsque les autres l’accusent, il se reconnaît coupable.

Quelle que soit la faute, il s’en croit l’auteur. Et parfois s’il doute quand même et qu’il cherche en lui-même ce qui fait de lui l’accusé, il retombe sur cette faute, et il cesse de chercher. Il paye pour les crimes que les autres ont commis, ce qui fait de lui la victime idéale, celle qui en toute innocence, se fait toujours condamner.

Il s’engage dans toute sorte de combats. Il s’efforce sans cesse de réparer. Et lorsqu’à bout de force, il s’autorise parfois à se pardonner, il se sent soulagé. Alors, il peut être là et simplement profiter !

Et c’est l’angoisse de renoncer à ce qui le fait vivre au présent, qui le fait hésiter à faire face à lui-même, à ses vraies motivations. Et pour ne plus commettre d’autres trahisons, il s’interdit de se poser les vraies questions, celles qui le feraient douter peut-être, du sens de sa mission.

Toi qui t’es condamné sans même te faire un procès,

Toi qui te crois coupable d’une faute dont tu ne sais même pas parler,

Ne crois-tu pas que tu devrais t’interroger sur le sens de la mission que tu t’es donnée ?

Si tu t’autorises à chercher les mots qui pourront témoigner,

Ils te parleront de l’enfant que tu étais, de ces souffrances que tu as vécues et oubliées, et peut-être aussi ils te rappelleront ta fidélité.

Tu apprendras alors à vivre sans culpabilité, et ton innocence ne sera plus jamais condamnée.

« La coupable innocentée » de Nancy Lauvernay, Extrait de S’aimer pour exister, 2004, Editions ThoT.

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